Dans ce dernier épisode, gros plan sur un autre équipement majeur de la ville : Mérignac-Soleil. Véritable révolution à la fin des années 80, le centre commercial et sa galerie marchande ont profondément transformé la ville et la vie.
L’inspiration américaine des centres commerciaux périphériques
Pour comprendre Mérignac Soleil, Michel Pétuaud-Létang remonte à une logique importée des États-Unis.
« Il y a un phénomène qui se passe dans ces années-là : Monsieur Fournier, de la société Carrefour, va aux États-Unis et s’aperçoit que les centres commerciaux se développent près des autoroutes. » Une logique liée à l’étalement urbain et à la voiture omniprésente : « Ils prennent leur voiture tout le temps, ils vont dans un endroit où le parking est gratuit et où ils trouvent tout ce dont ils ont besoin. »
À Mérignac, tous les ingrédients sont réunis pour importer ce modèle :« La rocade n’est pas loin, il y a une sortie, c’est à côté de Bordeaux, c’est une ville en plein développement. »
La naissance d’un modèle commercial puissant… mais destructeur
Le premier hypermarché s’installe près de la rocade, sur un grand terrain privé. « Ils n’en ont eu rien à foutre des cèdres magnifiques qu’il y avait, et ils ont construit une grande boîte rectangulaire avec un bardage blanc et écrit “Carrefour”. » L’objectif est clair : attirer toute l’agglomération. « Faire venir aussi bien les Bordelais que toute l’agglomération, avec un parking gratuit. » Mais pour l’urbaniste, ce modèle porte en lui une dérive profonde. « Moi, j’appelle ça la civilisation du congélateur. On vient le samedi, on remplit le coffre, on remplit le congélateur, on rentre chez soi et on reste enfermé toute la semaine. »
Et conclut sans détour :« Moi, j’appelle ces établissements des “tue-la-ville”. »
Des galeries marchandes à la ville artificielle
Le succès attire de nouvelles activités : restauration, boutiques, puis galeries marchandes.« Ils se rendent compte qu’il y a tellement de monde qu’ils peuvent faire venir des marques, et ils développent des rues intérieures. » Même l’idée d’y ajouter des cinémas est évoquée.Une erreur supplémentaire selon lui :« Si tout ce qui est ludique et commercial est en périphérie, qu’est-ce qu’il reste dans les villes ? Plus rien. »
Michel Pétuaud-Létang assume sa position :« Je me bats contre ça. Je n’ai jamais fait de centres commerciaux de périphérie. »
Mérignac, modèle… et contre-modèle
Mérignac Soleil devient pourtant une référence nationale.« Ça a été un succès considérable dans toutes les grandes villes de France. » Mais aussi un précédent : « Bordeaux a râlé, puis ils ont fait Bordeaux-Lac. Ensuite Bouliac, Bègles… »
Avec le recul, il parle de « blessures urbaines » :« Au lieu de reprendre le mal à l’origine, on met des pansements autour de ces blessures. »
Pour lui, une ville ne peut pas fonctionner sans continuité piétonne. « Ce n’est pas ça une ville. Si on ne peut pas circuler à pied en sécurité, ce n’est pas une ville. »
Mérignac: attractivité indéniable
Malgré ces critiques, Michel Pétuaud-Létang reconnaît le rôle moteur de ces infrastructures. « L’aéroport fait venir des entreprises, Mérignac Soleil fait venir des voitures, donc des routes, donc des immeubles. ». À cela s’ajoutent des atouts géographiques forts :
« Le bassin d’Arcachon à 20 minutes, la côte Atlantique, les Pyrénées, les hôpitaux, l’université. »
Un ensemble qui explique la puissance économique de la commune. « Si l’aéroport avait été sur la rive droite, Mérignac n’aurait pas eu le même développement. »
Retrouver l’esprit des quartiers
En conclusion, Michel Pétuaud-Létang plaide pour un retour à l’esprit originel de Mérignac.
« Il faudrait retrouver ses quartiers, recréer des lieux où les gens ont envie de se retrouver. »
Bistrots, terrasses, cheminements doux :
« Faire un maillage très serré piétons-vélos et retrouver des points riches, des points de vie. »