Une direction de la culture récente pour structurer une politique globale
Créée en 2022 à l’initiative de la nouvelle mandature municipale, la direction des affaires culturelles de Saint-Médard-en-Jalles incarne la volonté politique de donner une cohérence et une visibilité accrues à l’action culturelle locale.
« L’idée était d’avoir une vision globale de la politique culturelle, de dissocier la vie associative et de valoriser davantage ce champ d’action », explique Stéphanie Héraud, en poste depuis un an et demi.
La direction regroupe aujourd’hui plusieurs pôles :
- l’action culturelle et la programmation,
- les médiathèques (dont une ludomédiathèque),
- l’école municipale de musique et de danse.
Au total, près d’une cinquantaine d’agents participent à cette politique publique, structurée autour d’un équipement central, le Carré des Jalles, qui accueille également le cinéma municipal, la scène nationale et de nombreuses activités associatives.
La scène nationale Carré-Colonnes : un label d’État au cœur du territoire
Institution phare du paysage culturel local, la Scène nationale Carré-Colonnes, implantée à Saint-Médard-en-Jalles et Blanquefort, bénéficie d’un label attribué par l’État.
Ce réseau compte près de 80 structures en France, caractérisées par :
- une programmation pluridisciplinaire (théâtre, danse, musique),
- une attention forte à l’éducation artistique et culturelle,
- un accompagnement à la création et aux artistes.
« Nous accueillons des compagnies en résidence, nous finançons des projets et nous développons des actions auprès des publics, notamment scolaires », détaille Marion Franquet.
La structure revendique une ligne artistique contemporaine mais accessible, fondée sur l’ancrage territorial et la médiation.
Un contexte financier contraint pour l’ensemble du secteur
Comme partout en France, les politiques culturelles locales évoluent dans un environnement budgétaire tendu. La diminution des financements publics affecte l’ensemble de la chaîne, des collectivités aux compagnies artistiques.
« Toutes les strates des collectivités sont en difficulté financière et financent moins les politiques publiques, dont la culture. Au final, ce sont souvent les artistes qui en subissent les conséquences », souligne Marion Franquet.
Du côté de la ville, la contrainte impose de nouvelles stratégies :
- rechercher des propositions moins coûteuses,
- développer des partenariats,
- maintenir la gratuité de certaines actions tout en équilibrant les dépenses.
Un exemple emblématique reste le partenariat avec l’Opéra National de Bordeaux, qui a permis d’accueillir le Requiem de Mozart dans l’église de la commune à des tarifs accessibles.
Accessibilité, exigence et médiation : l’équilibre au cœur de la programmation
La question centrale demeure celle de l’équilibre entre ambition artistique et fréquentation. Les deux responsables rejettent l’opposition entre culture « élitiste » et populaire, préférant parler d’« exigence accessible ».
La programmation s’appuie sur plusieurs critères :
- l’adéquation aux lieux et aux jauges,
- la diversité des publics,
- la pertinence artistique et sociétale.
La scène nationale revendique notamment un théâtre engagé, capable d’aborder des sujets contemporains parfois sensibles, tout en développant un important travail de médiation pour accompagner les spectateurs.
Cette logique s’incarne aussi dans des croisements artistiques, comme l’accueil de spectacles de danse urbaine portés par des figures reconnues, à l’image d’une chorégraphe ayant collaboré avec Aya Nakamura aux côtés de compagnies locales.
Une identité culturelle en construction
Pour la municipalité, l’enjeu dépasse la seule programmation : il s’agit de construire une identité culturelle propre à la ville.
Plusieurs axes émergent :
- la place de la poésie et de la littérature,
- le développement d’événements populaires (carnaval, bals, concerts),
- la notion de « prendre soin » par la culture.
Cette dernière s’inspire notamment des travaux de la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury, et se traduit par des propositions artistiques visant l’apaisement, la rencontre et le bien-être collectif.
Des équipements culturels multiples et complémentaires
Le Carré des Jalles constitue le cœur névralgique de l’offre culturelle, mais d’autres lieux complètent le maillage :
- la salle Georges-Brassens, dédiée notamment au jeune public,
- les médiathèques, qui proposent ateliers, rencontres et soirées jeux,
- l’espace public et la forêt, investis par certaines créations.
La scène nationale développe même un « jardin secret », espace hybride mêlant création artistique, médiation et pratiques écologiques, illustrant l’élargissement des formes culturelles au-delà du spectacle vivant.
Partenariats et gouvernance partagée
Ville et scène nationale fonctionnent selon un modèle de coopération formalisé par conventions.
La municipalité met à disposition les équipements tandis que la structure conserve son indépendance artistique.
Cette articulation permet la cohabitation de multiples usages : spectacles, cinéma, pratiques amateurs ou événements municipaux, dans un même ensemble culturel.
Une culture du quotidien, entre grands rendez-vous et pratiques locales
Au-delà des grandes dates, la politique culturelle s’inscrit dans un rythme régulier d’activités : ateliers, rencontres, événements en médiathèque ou actions éducatives.
La ville revendique ainsi une approche large de la culture, intégrant aussi bien les spectacles professionnels que les pratiques amateurs, les loisirs créatifs ou les projets participatifs.
« Le succès, c’est quand les salles sont pleines et que les habitants demandent le prochain rendez-vous », résume Stéphanie Héraud, soulignant la curiosité et l’engagement du public local.
Culture et démocratie : un levier de participation citoyenne
Au cours de l’entretien, Stéphanie Héraud insiste sur le lien étroit entre culture et démocratie locale. « La culture, c’est un signe de bonne santé d’une démocratie », rappelle-t-elle, soulignant que l’action culturelle ne se limite pas à proposer des spectacles, mais constitue un véritable outil de participation et d’expression pour les habitants. En favorisant la rencontre, le débat et la diversité des points de vue, la programmation contribue à faire vivre un espace public plus ouvert et inclusif. La culture devient ainsi un vecteur de compréhension du monde et de dialogue, permettant à chacun de trouver sa place dans la vie de la cité.
Une ambition culturelle territoriale entre service public et projet de société
Au croisement des politiques publiques, de la création artistique et de la participation citoyenne, la stratégie culturelle de Saint-Médard-en-Jalles illustre les enjeux actuels du secteur : maintenir l’ambition dans un contexte contraint, élargir les publics sans renoncer à l’exigence et faire de la culture un levier de cohésion territoriale.
À travers la coopération entre la ville et la scène nationale, c’est une vision de la culture comme bien commun qui se dessine — un espace de rencontre, de réflexion et de partage, au cœur du projet municipal.