Derrière le nom de scène A’Rieka se cache Antoine Carrier, professeur de mathématiques et rappeur bordelais. Un double parcours assumé, qu’il résume lui-même avec simplicité : « Je suis moitié prof de maths et moitié rappeur ». Originaire du Médoc, l’artiste a grandi avec le rap, nourri très tôt par l’écoute de groupes et d’auteurs où le texte tient une place centrale, de Passi à NTM, mais aussi Brassens, Renaud ou Gainsbourg.
Aujourd’hui suivi par plusieurs dizaines de milliers d’abonnés sur les réseaux sociaux, A’Rieka s’est fait connaître auprès du grand public grâce à un concept original : les « rapémathiques », des chansons pédagogiques conçues pour aider les collégiens à réviser.
Des « rapémathiques » pour redonner envie d’apprendre
L’idée naît il y a trois à quatre ans, à partir d’un constat de terrain. Face à des classes de troisième en grande difficulté et peu enclines aux révisions, A’Rieka cherche un levier pour remotiver certains élèves. Il imagine alors un format mêlant rap et notions mathématiques, avec tableaux, exemples concrets et paroles structurées autour du programme du collège.
Tables de multiplication, théorème de Pythagore, Thalès : l’ensemble du socle mathématique est progressivement décliné en musique. L’objectif n’est pas tant de faire comprendre que de faciliter la mémorisation et la révision. « Ce n’est pas une baguette magique, mais ça a marché pour quelques-uns », souligne-t-il.
Le succès dépasse rapidement le cadre de sa salle de classe. Diffusées sur Instagram, TikTok et YouTube, ces vidéos rencontrent un large écho, devenant un outil pédagogique utilisé par de nombreux enseignants pour dynamiser leurs cours.
Une réflexion engagée sur l’école et ses évolutions
Fort de quinze années d’expérience dans l’enseignement, A’Rieka porte également un regard lucide sur l’évolution du système scolaire. Il constate une baisse progressive du niveau en mathématiques et pointe plusieurs facteurs, parmi lesquels l’hétérogénéité croissante des classes et la suppression du redoublement.
Selon lui, chaque élève devrait pouvoir avancer à son rythme, sans stigmatisation. Il évoque aussi l’impact des réseaux sociaux, d’Internet et désormais de l’intelligence artificielle sur les comportements des jeunes, ainsi qu’un rapport à l’éducation parfois fragilisé dans certaines familles.
C’est précisément dans ce contexte qu’il voit ses projets artistiques comme des leviers complémentaires, capables de recréer de l’engagement et de la motivation.
Du rap pédagogique aux projets collaboratifs
Au-delà des rapémathiques, A’Rieka a développé un second dispositif : les « rapépratiques ». Le principe repose sur des ateliers d’écriture menés avec des élèves, en collaboration avec des enseignants de différentes disciplines. Les jeunes écrivent eux-mêmes des chansons à partir de leurs leçons, apprennent à rapper, enregistrent leurs morceaux et réalisent leurs clips.
À la fin du processus, ce sont les élèves qui deviennent à leur tour transmetteurs de savoir, leurs productions servant de support de révision pour d’autres classes. Déployé dans de nombreux collèges de Gironde, mais aussi au Pays basque, à Montpellier ou vers Poitiers, le projet compte aujourd’hui près d’une soixantaine de clips en ligne.
Ces initiatives s’étendent désormais à d’autres structures : établissements spécialisés, hôpitaux de jour, colonies de vacances, collectivités locales, et même entreprises, avec une déclinaison en team building favorisant la cohésion d’équipe à travers la création musicale.
Une carrière musicale nourrie par l’expérience de terrain
Parallèlement à ses projets éducatifs, A’Rieka poursuit son travail artistique personnel. Son dernier album, Né entre deux étoiles, illustre sa volonté de ne pas se cantonner à un seul style : rap à texte, morceaux plus sombres, titres légers ou introspectifs s’y côtoient. Une diversité qu’il résume par sa devise : « trop de styles pour en avoir un ».
Il est également l’auteur de Super Papa, une chanson écrite pour ses trois enfants, dont le clip réunit toute sa famille, et de On échouait, un titre largement relayé pendant la période post-confinement, qui évoque avec humour et lucidité le quotidien des enseignants durant la crise sanitaire. Ce morceau connaît un succès viral, atteignant plusieurs centaines de milliers de vues en quelques jours.
Sur scène, l’artiste se produit aujourd’hui entouré de musiciens batteur, guitariste, DJ-pianiste, avec un show d’une heure mêlant rap, reggae, rock, piano voix et passages a cappella.
« Donner une autre dimension au rap »
Malgré une visibilité importante liée à ses contenus pédagogiques, A’Rieka garde les pieds sur terre. Conscient que ses abonnés le suivent avant tout pour ses rapémathiques, il poursuit néanmoins sa création musicale avec détermination, acceptant les doutes et les écarts de notoriété entre ses différents projets.
Sa plus grande fierté reste ses enfants. Son combat, lui, est clair : montrer que le rap peut dépasser les clichés et devenir un outil de transmission, de réflexion et de lien social.
Entre salles de classe, studios d’enregistrement et scènes de concert, A’Rieka trace ainsi un parcours atypique, où l’art et l’éducation se répondent, au service d’une ambition simple : faire voyager le rap et ouvrir de nouveaux horizons d’apprentissage.