« Moi à la base, j’ai un doctorat de sociologie ». Sa thèse portait sur « une analyse comparative des violences faites aux femmes en France et en Espagne », un sujet qu’elle qualifie elle-même de grave. Elle souligne que le modèle espagnol, réformé dès 2004, a démontré son efficacité : « Quand on met en place une politique progressiste et de l’argent, parce qu’il y a aussi des financements qui vont avec, ça fait baisser le nombre de féminicides. »
Très vite, Laetitia Franquet prend cependant conscience des limites de la diffusion académique. « Je me suis dit qu’un stand-up, c’était peut-être plus utile qu’une thèse, puisque peu de personnes liront 520 pages », confie-t-elle. C’est à la suite de son divorce qu’elle se lance réellement sur scène. Un événement personnel devenu matière artistique, mais aussi un outil de reconstruction. « Maintenant, je ne parle plus tellement du divorce, c’est fait, j’ai fait mon deuil », explique-t-elle, ajoutant que « le stand-up, c’est pas mal aussi pour faire son deuil ». Son premier spectacle s’inspirait directement de cette période, avant d’élargir le propos à des constats plus larges, chiffres à l’appui : « Une femme qui divorce perd 30 % de ses revenus la première année, contre 7 % pour les hommes. »
Son engagement féministe s’enracine dans son histoire personnelle. Élevée principalement par son père, avec « une grande liberté » et « une grande autonomie », elle raconte avoir très tôt perçu l’écart avec le vécu d’autres jeunes filles. « Quand j’observais autour de moi que ce n’était pas le cas des autres, ça a fait naître en moi l’envie de faire changer les choses », explique-t-elle. Ses recherches lui ont ensuite confirmé « de vraies inégalités dans le monde du travail, dans le monde des médias ».
Sur scène comme sur C6 Radio, Laetitia Franquet revendique un humour engagé. « C’est de l’humour satirique, de l’humour engagé, mais je pense qu’on peut rire aussi de choses difficiles », affirme-t-elle. Ses chroniques ne se limitent pas au féminisme et peuvent aborder la santé mentale des jeunes, le football ou d’autres sujets de société. « Aujourd’hui, il y a beaucoup de sujets qui me révoltent », reconnaît-elle, évoquant notamment l’état de plus en plus préoccupant de la jeunesse.
Le stand-up lui a aussi appris à gérer le stress et l’échec. Monter sur scène avec dix minutes pour convaincre un public parfois imprévisible implique une forte pression. « Parfois ça ne marche pas », admet-elle. Mais loin de la décourager, ces moments l’aident à relativiser : « Ça apprend à relativiser ses erreurs et à rebondir. Dire : ce n’est pas grave, peut-être que la prochaine fois ça fonctionnera. » Elle réécrit régulièrement ses vannes, s’adapte, et assume que tout dépend aussi du public et du contexte.
Son processus de création reste très instinctif. « Je ne prépare pas mes sketches une semaine à l’avance, c’est vraiment la cuisson du lendemain », explique-t-elle. L’inspiration vient de l’actualité, mais aussi de moments plus inattendus : « Les idées me viennent souvent sous la douche, quand je marche, ou juste au moment de m’endormir. » Dans ces moments-là, elle note immédiatement des mots-clés sur son téléphone, avant de se poser pour écrire. En moyenne, une chronique de dix minutes lui demande environ une heure de travail.
Contrairement à d’autres humoristes, Laetitia Franquet refuse de se moquer de son public. « Je déteste me moquer du public », affirme-t-elle clairement. Elle préfère l’autodérision et assure vouloir un espace où chacun se sente à l’aise : les spectateurs peuvent s’asseoir au premier rang, se lever si nécessaire, « sans avoir peur d’être humiliés ». Le public peut devenir une source d’inspiration, mais jamais une cible.
Dans un univers du stand-up qu’elle décrit comme « très concurrentiel », Laetitia Franquet assume sa singularité : « Je pense que je suis la seule docteure en sociologie. » Une particularité qui lui permet d’utiliser les outils de la recherche pour faire rire tout en sensibilisant.
Elle prépare actuellement un one woman show d’une heure, prévu pour le mois de mars, notamment à Cognac et à Saint-Émilion, dans le cadre de la Quinzaine de l’égalité. Une reconnaissance qui renforce son sentiment d’utilité : « Utiliser l’humour, la scène, prendre la parole et rendre ça accessible, ça a encore plus d’impact pour sensibiliser et faire de la prévention. »