Aurélien Alberge, l’architecte de l’émotion scénique, présente un spectacle total à Martignas-sur-Jalle

Le chorégraphe et metteur en scène Aurélien Alberge sera à l’affiche le 7 mars à la Salle Gérard Philipe avec Minuit ou l’innocence du jour, une création hybride mêlant danse, chant et cirque. Invité sur C6 Radio, l’artiste a retracé un parcours d’excellence, entre grandes compagnies internationales, aventure entrepreneuriale et quête constante d’émotion partagée avec le public.

Aurélien Alberge, l’architecte de l’émotion scénique, présente un spectacle total à Martignas-sur-Jalle

Un parcours façonné par la vocation précoce.

Chez Aurélien Alberge, la danse n’est pas un choix tardif mais une évidence. Il découvre la scène à seulement cinq ans, lors d’un spectacle auquel participe sa sœur, future danseuse professionnelle. « En sortant, j’ai dit à mes parents que je voulais faire ça toute ma vie », confie-t-il. Quelques mois plus tard, il commence les cours, enchaîne les concours dès l’âge de sept ans et se fait rapidement remarquer.

À huit ans, il réussit l’audition de l’Opéra de Paris, où il effectue l’intégralité de sa formation. Une expérience exigeante, marquée par la discipline et la rigueur, mais qu’il considère aujourd’hui comme fondatrice : « C’était difficile, mais ça m’a ouvert énormément de portes. » La passion de la scène et l’admiration pour les danseurs étoiles l’aident à surmonter la pression physique et mentale.


Des grandes compagnies à la consécration internationale.

À la sortie de l’école, le danseur choisit d’élargir son horizon artistique vers le néo-classique et le contemporain. Après un passage en Espagne, il intègre le Ballet Biarritz, où il reste trois ans, avant de rejoindre les Ballets de Monte-Carlo.

Ces cinq années à Monaco constituent, selon lui, « la plus belle expérience ». Sous la direction du chorégraphe Jean-Christophe Maillot, il devient soliste, participe à de nombreuses créations et part en tournée à travers le monde. Cette période renforce sa maturité artistique et sa capacité d’interprétation.


Le virage du cabaret : retrouver le plaisir de la scène.

Après les grandes compagnies, Aurélien Alberge fait un choix surprenant : rejoindre le Lido de Paris. Loin d’y voir une régression, il y trouve un nouveau souffle. Le rythme y est intense (jusqu’à douze spectacles par semaine) mais la répétition du même show lui permet de retrouver un plaisir immédiat et plus instinctif.

Cette immersion dans l’univers du cabaret nourrit aussi un projet plus personnel : créer un lieu artistique à son image. Dès 2015, alors qu’il est encore à Monaco, il signe sa première création de cabaret en tant que directeur artistique. L’idée d’une structure indépendante commence alors à s’imposer.


L’aventure entrepreneuriale de « L’Exception ».

En 2020, il concrétise ce rêve en ouvrant son cabaret à Saint-Médard-en-Jalles. Pensé comme un lieu hybride, l’établissement mêle spectacles, piano-bar, comédie-club et soirées festives. L’objectif : dépoussiérer l’image du cabaret et attirer un public de particuliers, souvent éloigné de ce type de spectacle.

Aurélien Alberge y revendique une esthétique mêlant technique classique, modernité visuelle et influences contemporaines, avec des costumes qu’il dessine lui-même. L’expérience rencontre le succès, jusqu’à l’arrêt contraint de l’activité en raison du non-renouvellement du bail. « C’était mon bébé », confie-t-il, évoquant une période « très dure » mais aussi formatrice.


« Minuit ou l’innocence du jour » : un spectacle sensoriel.

Aujourd’hui, l’artiste se consacre pleinement à la création avec sa structure Exception Productions. Sa nouvelle œuvre, présentée le 7 mars à Martignas-sur-Jalle, explore l’univers du sommeil et de l’inconscient.

Composé d’une quinzaine de tableaux interprétés par cinq artistes : danseurs, chanteur et circassiens,  le spectacle aborde insomnie, rêves, cauchemars ou encore fantasmes nocturnes. Sur scène, danse contemporaine et classique se mêlent aux codes du cabaret, entre plumes, univers visuel travaillé et musiques actuelles.

Aurélien Alberge revendique une approche accessible : « Je veux que chacun y trouve son compte, même sans connaître les codes de la danse. » Une feuille présentant les grands thèmes est parfois proposée, mais le chorégraphe préfère laisser place à l’interprétation personnelle du public.


Une signature artistique : l’émotion et le partage.

Au cœur de son travail, une conviction : l’émotion naît du partage. L’artiste cherche à valoriser la personnalité de chaque interprète plutôt que l’uniformité, héritée selon lui de la rigueur des grandes compagnies. « Le plus important, c’est ce que quelqu’un dégage et partage », explique-t-il.

Cette philosophie se prolonge après la représentation : à Martignas, le spectacle se conclura par un DJ set et un moment de rencontre avec les artistes, fidèle à l’esprit festif du cabaret.


Un créateur en mouvement permanent.

À 36 ans, Aurélien Alberge ne cache pas réfléchir à l’ouverture d’un nouveau lieu, peut-être en centre-ville bordelais, même si le projet reste pour l’instant à l’état d’idée. Une constante demeure : la volonté de créer des expériences artistiques totales, où danse, musique et scénographie dialoguent.

Avec Minuit ou l’innocence du jour, il poursuit ainsi un parcours singulier, entre exigence technique et liberté créative, fidèle à son ambition : faire du spectacle vivant un espace d’émotions partagées, où chaque spectateur peut, le temps d’une soirée, devenir acteur de son propre imaginaire.