Une association née à l’hôpital, d’un rêve d’enfant
Fondée en 1991 au sein du service pédiatrique du CHU de Pellegrin, l’association Aladin 33 est née d’une intuition simple, presque évidente pour les soignants : répondre au rêve d’un enfant peut transformer son rapport à la maladie.
À l’origine, un jeune patient prénommé Jean-Marc, hospitalisé depuis longtemps, s’était peu à peu enfermé dans le silence. Jusqu’au jour où une infirmière lui posa une question : « As-tu un rêve ? » Sa réponse : retrouver ses parents à Pointe-à-Pitre donnera naissance à une démarche inédite. Quelques jours plus tard, à son retour à l’hôpital, l’enfant est métamorphosé. L’expérience marquera durablement les équipes médicales et posera les fondations d’Aladin 33.
Réaliser des rêves, sans jamais les imposer
Aujourd’hui, l’association accompagne des enfants âgés de 4 à 18 ans, âge administratif au-delà duquel les patients relèvent d’autres structures. Le principe est immuable : le rêve appartient à l’enfant.
Au quatrième étage de l’hôpital pédiatrique, une boîte à rêves permet aux jeunes patients de déposer leur souhait, souvent accompagné d’un dessin. Les bénévoles d’Aladin 33 (33 au total) se réunissent chaque mois pour étudier les demandes et décider qui prendra en charge chaque projet.
Aucun contact physique n’a lieu entre bénévoles et familles : tout se fait par téléphone, par choix éthique, par respect du cadre hospitalier et pour préserver les bénévoles émotionnellement.
Disneyland, animaux, artistes : des rêves multiples
Les rêves exprimés sont variés. Disneyland reste une référence incontournable, mais de plus en plus d’enfants souhaitent rencontrer des animaux, découvrir les coulisses des parcs animaliers ou échanger avec des soigneurs, parfois par vocation future.
D’autres rêvent de rencontres artistiques ou sportives. Aladin 33 a ainsi permis des échanges avec Aya Nakamura, Santa, ou encore des joueurs de l’équipe de France de football, grâce à un réseau de partenaires et d’agents particulièrement engagé.
Alain Bru évoque notamment un moment fort : un fauteuil roulant signé par l’ensemble des Bleus de l’équipe de France de Football, symbole d’une mobilisation collective au-delà du sport.
Lenny et le rêve de la grue : quand l’imaginaire prend de la hauteur
Parmi les histoires marquantes évoquées lors de l’entretien, celle de Lenny illustre parfaitement l’esprit d’Aladin 33. Loin des rêves attendus de parcs d’attractions ou de rencontres avec des célébrités, le jeune garçon nourrit une passion singulière : les grues de chantier.
Un rêve atypique, mais profondément sincère. Fasciné par ces machines imposantes, symboles de force et d’élévation, Lenny souhaitait pouvoir les approcher, les comprendre, les voir fonctionner de près. Un désir simple en apparence, mais chargé de sens.
Pour Alain Bru, ce type de rêve rappelle que chaque enfant est unique :
« Ce qui compte, ce n’est pas la nature du rêve, mais ce qu’il représente pour l’enfant. »
En permettant à Lenny de vivre cette expérience, l’association ne lui a pas seulement offert un moment de joie, mais une reconnaissance de sa personnalité, de sa passion, et une respiration dans un parcours de vie contraint par la maladie.
Des rêves parfois réalisés dans l’urgence
Certains projets doivent être menés en quelques jours seulement, lorsque l’état de santé de l’enfant l’exige. Ces « rêves en urgence » nécessitent une coordination étroite avec le personnel soignant, seul à même d’évaluer la faisabilité médicale et le bon moment pour intervenir.
« Sans le personnel soignant, rien ne serait possible », insiste le président. Médecins, infirmières et équipes hospitalières jouent un rôle central, servant de relais indispensable entre l’association et les familles.
Soutenir aussi les familles, souvent épuisées
Au-delà des rêves, Aladin 33 a élargi son action aux familles, souvent fragilisées par des mois, voire des années de soins. Depuis la période Covid, l’association propose huit jours de vacances familiales, principalement autour du bassin d’Arcachon, afin de permettre aux parents et aux enfants de souffler sans s’éloigner du CHU.
Une réponse concrète à l’isolement et à la fatigue morale qui accompagne la maladie.
Améliorer les conditions de séjour à l’hôpital
L’association agit également sur le cadre hospitalier lui-même. Depuis dix ans, une socio-esthéticienne intervient chaque semaine auprès des enfants : maquillage, soins légers, massages avant ou après chimiothérapie. Un travail discret mais essentiel pour restaurer l’estime de soi et apaiser l’anxiété.
Aladin 33 finance aussi des aménagements visuels dans les couloirs et salles de soins, notamment des décors de plafonds destinés à rassurer les enfants lors de leurs déplacements vers le bloc opératoire.
Un nouveau projet est en cours : la création d’une salle d’apaisement dédiée aux enfants victimes de traumatismes, en lien avec les équipes de pédopsychiatrie.
Des chiffres qui donnent la mesure de l’engagement
En 2023, l’association a réalisé 65 rêves, pour un coût moyen de 1 300 euros par rêve, soit près de 70 000 euros mobilisés sur l’année. Les dons, défiscalisables pour les particuliers et les entreprises, constituent l’essentiel des ressources.
Durant la crise sanitaire, l’activité avait chuté à 15 rêves en 2020 et 16 en 2021, contre une moyenne habituelle d’une soixantaine par an. Une période difficile, mais aussi fondatrice de nouvelles actions.
Une association portée par l’humain
Président retraité mais engagé au quotidien, Alain Bru confie que cette mission est devenue une évidence : « S’occuper des autres est indispensable pour moi. » Chaque matin, il consulte les nouveaux dossiers, les rêves en attente, et organise son temps autour de l’association.
Toujours souriant, il assume cette énergie positive comme une nécessité : « Faire du bien aux enfants, ça fait aussi du bien à ceux qui s’engagent. »
Comment soutenir Aladin 33
L’association peut être contactée via aladin33.com, ses réseaux sociaux ou lors de ses réunions mensuelles, organisées chaque premier mercredi du mois à l’Hôpital des Enfants du CHU de Bordeaux. Manifestations solidaires, dons, partenariats : toutes les formes de soutien sont bienvenues.
Avant de conclure, Alain Bru adresse un message clair aux familles :
« Osez demander à votre enfant s’il a un rêve. Écrivez-le, déposez-le dans la boîte à rêves. Nous ferons tout pour le réaliser. »