Une enfance rochelaise marquée par le collectif.
Né à Agen, Jérôme Laplace quitte très tôt le Lot-et-Garonne. Il passe une partie de sa petite enfance à Villeneuve-sur-Lot avant que sa famille ne s’installe définitivement à La Rochelle, ville qui restera son principal ancrage affectif. Ses parents y tiennent un commerce, un cadre qui l’initie, sans discours ni injonction, à la réalité du travail et à l’engagement quotidien.
Mais c’est surtout le rugby, pratiqué de l’école de rugby jusqu’à son départ pour les études supérieures, qui façonne durablement son rapport au monde. Respect des règles, solidarité, esprit d’équipe, gestion de l’adversité : autant de principes qu’il revendique encore aujourd’hui dans sa manière de diriger.
« Le rugby m’a appris à ne jamais laisser quelqu’un seul face aux difficultés », explique-t-il.
De l’agronomie à l’informatique : une trajectoire non linéaire.
Le parcours académique de Jérôme Laplace n’est pas celui d’un spécialiste précoce de la robotique. Il intègre AgroParis, où il suit une formation d’ingénieur agronome. En troisième année, il choisit une spécialisation en informatique, davantage par curiosité intellectuelle que par stratégie de carrière.
Nous sommes en 1999, au moment où Internet et les technologies numériques connaissent une expansion rapide. L’intelligence artificielle, encore largement expérimentale, s’impose alors comme un champ d’exploration prometteur. Un cours en particulier agit comme un révélateur.
« Je me suis dit : là, il y a quelque chose de fondamentalement nouveau. »
Cette intuition ne le quittera plus.
NP6 Bordeaux et l’apprentissage de la croissance.
Après ses études, Jérôme Laplace fait le choix de revenir dans le Sud-Ouest. Il rejoint NP6 Bordeaux, alors installée à Mérignac, une entreprise encore modeste dirigée par Stéphane Zittoun et Cédric Notario. Très rapidement, il se retrouve impliqué dans un projet qui deviendra emblématique du e-commerce français : Cdiscount, porté par les frères Charle.
Pendant plusieurs années, il participe à la structuration informatique de la plateforme, à une époque où celle-ci ne compte encore que quelques dizaines de salariés.
« Nous étions très peu nombreux. Tout était à construire. »
Il restera dix ans chez NP6, une période qu’il décrit comme formatrice, marquée à la fois par une forte croissance, des succès notables et des échecs structurants.
Génération Robots : poser les bases d’une industrie.
En 2008, une réflexion de fond s’engage. Après dix ans dans le numérique, Jérôme Laplace ressent le besoin de revenir à des problématiques plus technologiques et scientifiques. Il perçoit surtout l’émergence d’un nouveau champ : la robotique de service.
Il fonde alors Génération Robots, avec une approche résolument pragmatique. L’objectif n’est pas de brûler les étapes, mais de construire une entreprise capable de durer. Le choix initial se porte sur le négoce de robots éducatifs, permettant de sécuriser une récurrence de chiffre d’affaires.
Contre toute attente, les premiers clients ne sont pas des développeurs, mais des enseignants et des établissements scolaires. Un apprentissage progressif des usages, des codes et des contraintes du secteur public s’engage.
Montée en gamme et crédibilité industrielle.
À mesure que l’entreprise se développe, Génération Robots élargit son champ d’action. Elle s’oriente vers des robots de recherche, puis vers des applications industrielles. Le bureau d’études GR Lab est créé, marquant un tournant stratégique.
Les projets gagnent en complexité : robots autonomes, systèmes critiques, environnements contraints. L’entreprise intervient dans des secteurs sensibles tels que le démantèlement nucléaire, le ferroviaire ou encore le spatial, avec notamment des robots destinés aux opérations autour des lanceurs Ariane.
« Ce que nous faisions en 2008 n’a plus rien à voir avec ce que nous faisons aujourd’hui. »
Running Brains Robotics : reprendre la maîtrise par le produit.
Si le bureau d’études permet une montée en compétences rapide, il présente une limite : la faible visibilité sur le chiffre d’affaires futur. C’est cette contrainte qui conduit Jérôme Laplace à franchir une nouvelle étape stratégique : la création de Running Brains Robotics, marque sous laquelle le groupe NGX Robotics conçoit et fabrique désormais ses propres robots.
Ces robots, dédiés à la sûreté et à la sécurité des sites industriels sensibles, sont conçus, assemblés et testés en France, puis commercialisés à l’échelle européenne.
« Passer du service au produit, c’est redevenir offensif sur le marché. »
Le choix assumé du made in France.
Dans un contexte de mondialisation accrue, Jérôme Laplace revendique une fabrication intégralement française. Non par posture idéologique, mais par choix industriel.
S’appuyant sur un réseau de PME locales, NGX Robotics maîtrise sa chaîne de valeur, optimise la qualité et conserve une forte capacité d’adaptation.
« Nous sommes capables de produire des robots parmi les meilleurs au monde. »
Management, équipe et culture d’entreprise.
Le groupe compte aujourd’hui environ 30 collaborateurs. Jérôme Laplace insiste sur la dimension humaine du projet. Bien-être au travail, confiance, absence de rivalités internes : la culture d’entreprise est pensée comme un prolongement des valeurs du sport collectif.
« Je cherche des gens passionnés, avec de vraies valeurs humaines. »
La délégation s’impose progressivement comme une nécessité, mais aussi comme une condition de la performance collective.
Robots et emploi : une vision économique assumée.
Sur la question sensible de l’impact des robots sur l’emploi, Jérôme Laplace adopte un discours sans ambiguïté. Oui, les robots remplacent certaines tâches répétitives ou dangereuses. Mais ils ne suppriment pas le travail humain, ils le transforment.
Il rejette fermement l’idée d’une taxe sur les robots, qu’il juge économiquement contre-productive.
« Moderniser l’outil de production est une condition pour créer de l’emploi, pas pour le détruire. »
Une philosophie tournée vers l’avenir
À l’heure du bilan, Jérôme Laplace se montre peu enclin à la nostalgie. À l’enfant qu’il était, il adresserait un message simple :
« Ne crains rien, ça va bien se passer. »
Quant à l’avenir, il refuse de le figer.
« Je mets tout en œuvre pour que des choses intéressantes arrivent. Et ensuite, on les saisit. »